aperception


Antiquité

Le terme 'aperception' n’existe pas comme tel, mais les philosophes grecs abordent indirectement l’idée de prise de conscience réflexive. Platon et Aristote discutent la connaissance de soi, la conscience d’être conscient. Cependant, la distinction entre perception et aperception n’est pas encore formulée.

  • Platon : Il Ă©voque la capacitĂ© de l’âme Ă  se retourner sur elle-mĂŞme, notamment dans la connaissance de soi.
    "Connais-toi toi-mĂŞme" (Alcibiade majeur, 124a)
  • Aristote : Il distingue la sensation (aisthesis) de la conscience d’avoir une sensation, mais n’utilise pas le terme d’aperception.
    "Sentir que l’on sent est une opération différente de celle de sentir." (De l’âme, III, 2, 425b12)
Usages et débats : Débats sur la possibilité d’une conscience réflexive, sur la différence entre sentir et savoir que l’on sent.
Changements de signification : L’aperception n’est pas distincte de la perception, mais la réflexivité de la conscience est esquissée.
Liens avec d'autres notions :
  • Conscience de soi : Première intuition de l’aperception comme retour du sujet sur lui-mĂŞme.

Moyen Âge

La réflexion sur la 'conscience réflexive' progresse avec la psychologie de l’âme. Les scolastiques distinguent la perception du monde extérieur et la conscience que l’âme a de ses propres actes, mais le vocabulaire d’aperception reste absent.

  • Thomas d’Aquin : Il distingue l’acte de percevoir de la conscience de percevoir (rĂ©flexivitĂ© de l’intellect).
    "L’intellect connaît non seulement les choses, mais aussi qu’il les connaît." (Somme théologique, I, q.87, a.3)
Usages et débats : Débats sur la réflexivité de l’âme, la possibilité d’une connaissance de soi immédiate.
Changements de signification : La notion s’approche de l’aperception sans être explicitement nommée.
Liens avec d'autres notions :
  • RĂ©flexivitĂ© : Conscience de ses propres actes mentaux.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

Le terme 'aperception' (allemand : Apperzeption ; français : aperception) apparaît chez Leibniz, qui l’oppose à la simple perception. L’aperception désigne la perception accompagnée de conscience, la réflexion sur l’état perçu. Kant reprend et développe le concept dans sa philosophie critique.

  • Gottfried Wilhelm Leibniz : Il distingue perception (reprĂ©sentation interne d’une chose) et aperception (conscience ou rĂ©flexion de cette reprĂ©sentation).
    "La perception, qui est consciente, est appelée aperception." (Nouveaux Essais, II, 9, §8)
  • Emmanuel Kant : Il fait de l’aperception transcendantale le principe unificateur de toute expĂ©rience ; le « Je pense » doit pouvoir accompagner toutes mes reprĂ©sentations.
    "L’aperception transcendantale est la conscience de l’unité synthétique originaire de l’aperception." (Critique de la raison pure, B132)
Usages et débats : Débats sur la différence entre perception et aperception, sur le rôle de l’aperception dans la formation de la conscience et de l’expérience.
Changements de signification : L’aperception devient conscience réflexive, condition de l’unité du sujet.
Liens avec d'autres notions :
  • Perception : L’aperception ajoute la conscience Ă  la perception simple.
  • Je pense : Aperception comme unitĂ© du sujet pensant (Kant).

Époque moderne (XIXe siècle)

L’aperception est reprise en psychologie (Herbart, Wundt) comme processus d’intégration consciente d’une perception dans l’ensemble du vécu et de la mémoire. Elle devient un concept clé de la psychologie de l’éducation.

  • Johann Friedrich Herbart : Il dĂ©finit l’aperception comme processus d’assimilation d’une nouvelle perception Ă  des contenus mentaux dĂ©jĂ  prĂ©sents.
    "L’aperception est l’acte par lequel une représentation nouvelle est assimilée à une masse de représentations anciennes."
  • Wilhelm Wundt : Il approfondit la notion d’aperception comme processus actif d’attention et d’organisation de la conscience.
    "L’aperception est l’acte de la volonté dirigeant la conscience."
Usages et débats : Débats sur le rôle de l’aperception dans l’apprentissage, la mémoire, l’unité de la conscience.
Changements de signification : L’aperception devient processus psychologique, moteur de l’intégration et de la synthèse mentale.
Liens avec d'autres notions :
  • Attention : L’aperception implique une activitĂ© volontaire d’attention.
  • Assimilation : L’aperception assimile le nouveau Ă  l’ancien.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

L’aperception (français : aperception ; anglais : apperception) reste un concept en psychologie cognitive, en phénoménologie et en philosophie de l’esprit. Elle désigne la prise de conscience réflexive, l’intégration du vécu dans l’histoire de soi, la synthèse de l’expérience subjective.

  • Maurice Merleau-Ponty : Il analyse la conscience de soi comme un processus d’aperception incarnĂ©e, insĂ©parable du vĂ©cu corporel.
    "Toute expérience vécue est aussi aperçue comme mienne, comme insérée dans mon histoire." (Phénoménologie de la perception, 1945)
Usages et débats : Débats sur l’aperception comme unité de la conscience, comme construction narrative du moi, comme condition de la subjectivité.
Changements de signification : L’aperception devient intégration du vécu subjectif, prise de conscience réflexive inséparable de la temporalité et du corps.
Liens avec d'autres notions :
  • SubjectivitĂ© : L’aperception fonde la conscience de soi comme sujet.
  • NarrativitĂ© : L’aperception intègre les expĂ©riences dans un rĂ©cit de soi.