apathie


Antiquité

Le concept d’« apathie » (grec : apatheia, ἀπάθεια) apparaît dans la philosophie hellénistique, notamment chez les Stoïciens. L’apathie désigne l’absence de passions, c’est-à-dire la libération de l’âme à l’égard des troubles affectifs (pathè). Pour les Stoïciens, atteindre l’apathie est la condition de la sagesse : le sage n’est pas insensible, mais il n’est pas affecté par les passions destructrices, gardant sa tranquillité intérieure.

  • ZĂ©non de Kition (StoĂŻcisme) : Il fait de l’apathie l’idĂ©al du sage, qui vit selon la raison et n’est pas sujet aux passions.
    "La vertu consiste Ă  vivre sans passion, en accord avec la raison."
  • Épictète : Il enseigne que l’apathie permet la libertĂ© intĂ©rieure et l’ataraxie (paix de l’âme).
    "Ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes, mais les jugements qu’ils portent sur elles." (Manuel, 5)
Usages et débats : Débats sur la possibilité de l’apathie : est-elle un idéal atteignable ? L’apathie est-elle indifférence ou liberté ?
Changements de signification : L’apathie passe de l’absence totale de passion à la maîtrise consciente des affects.
Liens avec d'autres notions :
  • Ataraxie : La paix de l’âme, Ă©tat recherchĂ© par l’apathie.
  • Passion : L’apathie consiste Ă  s’affranchir des passions (pathè).
  • Sage : Le sage est celui qui atteint l’apathie.

Moyen Âge

L’idéal d’apathie est repris par la spiritualité chrétienne sous le nom d’impassibilité (impassibilitas). Elle désigne la capacité à ne pas être troublé par les émotions ou les souffrances, notamment dans la vie monastique. Toutefois, la tradition chrétienne valorise aussi les affects orientés vers Dieu (amour, charité).

  • Jean Cassien : Il dĂ©fend l’impassibilitĂ© comme idĂ©al monastique, Ă©tat de l’âme purifiĂ©e des passions.
    "L’âme devient impassible lorsqu’elle n’est plus troublée par les passions." (Conférences, IX)
Usages et débats : Débats sur la compatibilité entre apathie et vie affective chrétienne, sur la place des émotions dans la vie spirituelle.
Changements de signification : L’apathie devient impassibilité, purification des passions mauvaises.
Liens avec d'autres notions :
  • ImpassibilitĂ© : Absence de trouble, idĂ©al monastique.
  • Ascèse : Discipline visant la maĂ®trise des passions.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

L’apathie (français : apathie ; latin : apathia) est discutée dans la philosophie morale et psychologique. Elle est parfois critiquée comme froideur ou indifférence, mais aussi valorisée comme maîtrise de soi. Les moralistes (Descartes, Spinoza) pensent la régulation des passions plutôt que leur suppression totale.

  • RenĂ© Descartes : Il refuse l’idĂ©al d’indiffĂ©rence stoĂŻcienne, affirmant le rĂ´le positif des passions bien ordonnĂ©es.
    "Il n’est pas en notre pouvoir d’être sans passions, mais il est en notre pouvoir de les régler." (Les Passions de l’âme, art. 50)
  • Baruch Spinoza : Il distingue les passions subies (passivitĂ©) et les actions actives (libertĂ©), visant la joie et la puissance d’agir.
    "La liberté consiste à être cause de soi-même, non à être sans passion." (Éthique, III, déf. 2-3)
Usages et débats : Débats sur la valeur de l’apathie : vertu ou défaut, maîtrise ou carence de vie ?
Changements de signification : L’apathie se rapproche de la tempérance, de la régulation des affects.
Liens avec d'autres notions :
  • TempĂ©rance : Vertu de modĂ©ration des passions.
  • IndiffĂ©rence : Apathie parfois confondue avec dĂ©sintĂ©rĂŞt ou froideur.

Époque moderne (XIXe siècle)

L’apathie devient un terme psychologique et médical, désignant l’absence ou l’émoussement des émotions, la perte de motivation ou d’intérêt. Elle est perçue comme état pathologique, symptôme d’aliénation, de dépression ou de maladie mentale.

  • Jean-Étienne Esquirol : Il dĂ©crit l’apathie comme trouble psychiatrique, perte d’énergie, d’émotion, de volontĂ©.
    "L’apathie est une suspension de la sensibilité et de l’activité morale." (Des maladies mentales, 1838)
Usages et débats : Débats sur l’origine de l’apathie (psychique, sociale, organique), son rapport à la dépression ou à l’aliénation.
Changements de signification : L’apathie est médicalisée, devient symptôme négatif, non plus idéal philosophique.
Liens avec d'autres notions :
  • AliĂ©nation : L’apathie comme symptĂ´me d’aliĂ©nation mentale ou sociale.
  • DĂ©pression : L’apathie est un symptĂ´me frĂ©quent de la dĂ©pression.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

L’apathie (français : apathie ; anglais : apathy) est un concept psychologique, psychiatrique et social. Elle désigne le manque d’émotion, de motivation ou d’engagement. En psychologie clinique, c’est un symptôme de troubles neurologiques (Alzheimer, Parkinson), psychiatriques (dépression, schizophrénie) ou sociaux (désengagement politique, indifférence collective). Elle est aussi analysée comme phénomène social et politique.

  • Psychologie/psychiatrie contemporaine : L’apathie est dĂ©finie comme trouble de la motivation, perte d’initiative, absence de rĂ©action Ă©motionnelle.
    "L’apathie est une réduction de l’activité dirigée vers un but."
  • Hannah Arendt : Elle analyse l’apathie politique comme dĂ©sengagement, perte du sens de l’action et de la responsabilitĂ© collective.
    "L’apathie est le terreau de l’absence de politique, du retrait citoyen." (La Crise de la culture, 1961)
Usages et débats : Débats sur les causes de l’apathie (biologiques, psychiques, sociales), sa distinction d’avec la dépression, sa portée sociale et politique.
Changements de signification : L’apathie est vue comme symptôme négatif, perte d’énergie ou d’engagement, problématique pour l’individu et la société.
Liens avec d'autres notions :
  • Motivation : L’apathie est dĂ©finie par absence de motivation.
  • DĂ©sengagement : Apathie sociale ou politique, retrait collectif.