Antiquité
Le concept d’« animal » (grec : zôon, ζῷον ; latin : animal) désigne tout être vivant doué de vie et de mouvement. Chez Aristote, l’animal se distingue du végétal par la sensation et le mouvement spontané, et de l’homme par l’absence de raison (logos). Les animaux ont une âme sensitive (psychè aisthêtikè) mais non rationnelle. Les stoïciens et épicuriens développent leur propre conception du vivant.
-
Aristote :
Il distingue trois types d’âmes : végétative (plantes), sensitive (animaux) et rationnelle (hommes). L’animal est doué de sensation, d’appétit et de mouvement.
"L’animal est ce qui a par nature la sensation." (De l’âme, II, 2, 413b1)
-
Platon :
Dans le Timée, il propose une hiérarchie des êtres vivants, l’homme étant un animal doué de raison.
"L’homme est le plus divin des animaux." (Timée, 92b)
Usages et débats :
Débats sur la nature de l’âme animale, sur la frontière entre l’homme et l’animal, sur la capacité des animaux à ressentir, penser ou parler.
Changements de signification :
L’animal est essentiellement défini par la sensibilité et le mouvement, mais privé de raison.
Liens avec d'autres notions :
-
Sensation :
Propre de l’âme animale selon Aristote.
-
Logos :
La raison (logos) distingue l’homme de l’animal.
-
Âme sensitive :
Spécifique de l’animal chez Aristote.
Moyen Âge
Le terme 'animal' (latin : animal) désigne tout être vivant animé, doté d’une âme sensitive et motrice. L’animal se distingue de l’homme, doté d’une âme rationnelle, et du végétal, doté d’une âme seulement nutritive. La hiérarchie aristotélicienne est reprise et christianisée. Les animaux sont considérés comme dépourvus de raison et de liberté, mais capables de souffrance.
-
Thomas d’Aquin :
Il reprend la tripartition aristotélicienne, nie à l’animal la raison et la volonté libre.
"Les animaux agissent par instinct, non par choix délibéré." (Somme théologique, I, q.83, a.1)
-
Saint Augustin :
Il affirme la supériorité morale et spirituelle de l’homme sur l’animal.
"Les animaux sont soumis à l’homme par la loi divine." (La Cité de Dieu, I, 20)
Usages et débats :
Débats sur la capacité des animaux à ressentir, à souffrir, sur le droit de l’homme sur l’animal, sur la place des animaux dans la création.
Changements de signification :
L’animal est vu comme être inférieur, instrument de l’homme, mais non totalement privé de sensibilité.
Liens avec d'autres notions :
-
Instinct :
Principe d’action de l’animal, opposé à la volonté humaine.
-
Âme rationnelle :
Spécifique de l’homme, absente chez l’animal.
-
Souffrance :
Reconnaissance de la sensibilité animale, malgré l’absence de raison.
Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)
Le concept d’animal (français : animal ; latin : animal ; anglais : animal) est redéfini par la science moderne. Descartes propose la thèse de l’animal-machine : les animaux sont privés d’âme pensante, ils sont des automates complexes. D’autres, comme Buffon ou Condillac, soulignent la sensibilité et l’intelligence animale.
-
René Descartes :
Il affirme que les animaux sont des machines, privés de pensée et de langage.
"Ils agissent naturellement et par ressorts, comme une horloge." (Lettre à Morus, 5 février 1649)
-
Étienne Bonnot de Condillac :
Il attribue aux animaux des facultés sensorielles, une forme d’intelligence élémentaire.
"Les animaux sentent et jugent, chacun à sa manière." (Traité des animaux, I, 4)
-
Buffon :
Il étudie la diversité, la sensibilité et l’histoire naturelle des animaux.
"L’animal est un être sensible, organisé, qui vit, sent, se meut." (Histoire naturelle, 1749)
Usages et débats :
Débats sur l’animal-machine, la conscience animale, l’origine des instincts, la place de l’homme dans la nature.
Changements de signification :
L’animal devient objet d’étude scientifique, mais la question de la sensibilité animale demeure centrale.
Liens avec d'autres notions :
-
Animal-machine :
Thèse cartésienne du déterminisme et de l’absence de conscience animale.
-
Sensibilité :
Reconnaissance croissante de la sensibilité animale.
-
Automate :
Image de l’animal chez Descartes.
Époque moderne (XIXe siècle)
Le concept d’animal (allemand : Tier ; anglais : animal) évolue avec la biologie, la théorie de l’évolution et la psychologie comparée. Darwin affirme la continuité entre l’homme et l’animal. La sensibilité, l’intelligence, le langage animal sont étudiés scientifiquement.
-
Charles Darwin :
Il démontre la continuité évolutive entre l’homme et l’animal, l’origine commune des espèces.
"La différence d’esprit entre l’homme et les animaux supérieurs, bien que grande, est de degré et non de nature." (La Filiation de l’homme, 1871)
-
George John Romanes :
Il fonde la psychologie comparée, étudiant l’intelligence et les émotions animales.
"L’esprit animal diffère du nôtre seulement par le degré de développement." (Animal Intelligence, 1882)
Usages et débats :
Débats sur la conscience animale, l’évolution, la moralité animale, le langage, les droits des animaux.
Changements de signification :
L’animal n’est plus seulement défini négativement, mais étudié comme être doué de capacités cognitives et affectives.
Liens avec d'autres notions :
-
Évolution :
L’homme et l’animal partagent une origine commune.
-
Psychologie comparée :
Étude scientifique des comportements animaux.
-
Droits des animaux :
Premières réflexions sur le respect dû à l’animal.
Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)
Le concept d’animal (français : animal ; anglais : animal ; allemand : Tier) connaît un profond renouvellement. On parle de subjectivité animale, de cognition, d’émotions, d’éthique animale. La frontière homme/animal est questionnée par l’éthologie, les sciences cognitives, la philosophie, le droit. L’animal est reconnu comme sujet sensible, parfois porteur de droits.
-
Peter Singer :
Il fonde l’éthique animale moderne, défend la considération des intérêts des animaux (antispécisme).
"La question n’est pas : peuvent-ils raisonner ? mais : peuvent-ils souffrir ?" (La Libération animale, 1975)
-
Donna Haraway :
Elle étudie les relations homme-animal, la co-construction des mondes, la question du « compagnon-espèce ».
"Nous ne devenons pas avec, nous devenons avec les animaux." (Manifeste des espèces compagnes, 2003)
Usages et débats :
Débats sur la subjectivité animale, les droits des animaux, la frontière homme/animal, l’éthique animale, l’expérimentation.
Changements de signification :
L’animal est pensé comme sujet, partenaire, et non plus seulement comme objet ou machine.
Liens avec d'autres notions :
-
Antispécisme :
Remise en cause de la supériorité humaine.
-
Éthologie :
Étude scientifique du comportement animal.
-
Subjectivité :
Reconnaissance d’une intériorité animale, d’une vie propre.