action


Antiquité

Le concept d'« action » (grec : praxis, πρᾶξις ; latin : actio, agere) désigne l'activité humaine délibérée, opposée à la simple production (poiêsis) ou au mouvement naturel. Chez Aristote, l'action (praxis) est une activité dont la fin est immanente à elle-même (par exemple, agir vertueusement), à la différence de la fabrication (poiêsis) qui vise un produit extérieur.

  • Aristote : Il distingue l'action (praxis) de la fabrication (poiêsis) et du mouvement (kinêsis). L'action est liée à l'éthique, à la délibération, à la vertu.
    "L'action (praxis) a sa fin en elle-même, tandis que la production (poiêsis) vise une fin extérieure." (Éthique à Nicomaque, VI, 5, 1140b6)
  • Stoïciens : Ils insistent sur la conformité de l'action à la nature et à la raison, l'action droite (katorthôma) étant l'expression de la vertu.
    "La vertu consiste à agir conformément à la raison."
Usages et débats : Débats sur la nature de l'action volontaire, la responsabilité, la délibération morale, la différence entre agir et produire.
Changements de signification : L'action est d'abord pensée comme activité morale, volontaire et réfléchie.
Liens avec d'autres notions :
  • Praxis : Action éthique, opposée à la poiêsis (production technique).
  • Délibération : Processus de réflexion préalable à l'action.
  • Vertu : L'action vertueuse est le cœur de l'éthique aristotélicienne.

Moyen Âge

L'action (actio) est analysée dans le cadre de la philosophie scolastique, de la théologie morale et du droit canon. Elle est liée à la volonté, à la liberté, à la responsabilité morale et à la causalité. Thomas d'Aquin distingue les actes humains (actus humanus), qui relèvent de la raison et de la volonté, des actes naturels (actus hominis), involontaires.

  • Thomas d'Aquin : Il analyse l'action comme acte volontaire, fruit de la raison, et fonde la morale sur l'intention et la liberté.
    "L'action humaine procède de la volonté délibérative." (Somme théologique, I-II, q.1, a.1)
Usages et débats : Débats sur la liberté du vouloir, la distinction entre acte volontaire et involontaire, la responsabilité du péché, la causalité.
Changements de signification : L'action devient critère de la moralité et de la responsabilité humaine.
Liens avec d'autres notions :
  • Volonté : L'action morale suppose un acte de volonté.
  • Liberté : La liberté de l'action fonde la responsabilité morale.
  • Péché : La moralité de l'action est centrale dans la théologie chrétienne.

Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)

Le terme 'action' (français : action ; latin : actio) est central en philosophie morale, politique et physique. On distingue l'action humaine (libre, réfléchie) et l'action mécanique (causale, déterminée). En morale, les débats portent sur la liberté, l'intention, les passions ; en physique, sur l'action et la réaction.

  • René Descartes : Il distingue les actions de l'âme (volonté, pensée) des actions du corps (mouvement mécanique), introduisant la notion d'action-réaction en physique.
    "À toute action correspond une réaction égale et contraire." (Principes de la philosophie, III, 69)
  • John Locke : Il analyse l'action comme expression de la volonté, fondement de la liberté et de la responsabilité.
    "La liberté consiste dans le pouvoir d'agir ou de ne pas agir selon la volonté." (Essai sur l'entendement humain, II, 21, 8)
Usages et débats : Débats sur la liberté d'action, la causalité, la distinction entre volonté et déterminisme, la responsabilité individuelle.
Changements de signification : L'action est pensée comme phénomène à la fois moral et naturel, liberté et nécessité.
Liens avec d'autres notions :
  • Causalité : L'action est comprise comme cause ou effet dans la nature.
  • Liberté : La liberté est définie par la capacité d'action.
  • Réaction : Principe fondamental en physique.

Époque moderne (XIXe siècle)

L'action devient le centre de la philosophie pratique, de la psychologie et des sciences sociales. Elle est analysée comme expression de la subjectivité (volonté, désir, intention) ou comme fait social (Durkheim). Les philosophies de la vie et de la volonté (Schopenhauer, Nietzsche, Bergson) donnent à l'action une dimension existentielle.

  • Friedrich Nietzsche : Il valorise l'action créatrice, la 'volonté de puissance' comme affirmation de la vie.
    "L'action n'est qu'un moyen d'affirmer la volonté." (Le Gai Savoir, 1882)
  • Émile Durkheim : Il définit l'action sociale comme tout acte accompli par un individu sous l'influence de la société.
    "Le fait social est toute manière d'agir, de penser, de sentir extérieure à l'individu." (Les Règles de la méthode sociologique, 1895)
Usages et débats : Débats sur l'origine et la nature de l'action (individuelle, sociale, inconsciente), sur la liberté, sur l'efficacité de l'action.
Changements de signification : L'action devient phénomène complexe, croisant volonté individuelle, déterminisme social et inconscient.
Liens avec d'autres notions :
  • Volonté : L'action réalise la volonté individuelle ou collective.
  • Fait social : L'action prend sens dans un contexte social.
  • Vie : L'action comme mouvement vital et créateur.

Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)

Le concept d'action (français : action ; anglais : action) est au centre de la philosophie analytique (philosophie de l'action), de la phénoménologie, de la sociologie, de la psychologie cognitive et des sciences politiques. On distingue action intentionnelle, action collective, action instrumentale, action symbolique, etc.

  • Hannah Arendt : Elle distingue l'action (action) de l'œuvre (work) et du travail (labor) : l'action est l'essence de la politique, création d'un monde commun par la parole et l'initiative.
    "L'action est la seule activité qui mette directement en rapport les hommes, sans l'intermédiaire des choses." (La Condition de l'homme moderne, 1958)
  • Donald Davidson : Il analyse l'action comme événement causé par des raisons, fonde la philosophie analytique de l'action.
    "Les actions sont des événements auxquels on peut attribuer des raisons." (Essays on Actions and Events, 1980)
Usages et débats : Débats sur la définition de l'action (événement intentionnel, causal, symbolique), sur la responsabilité, la liberté, la structure de l'action collective.
Changements de signification : L'action devient phénomène multidimensionnel : intention, sens, contexte social, effet politique.
Liens avec d'autres notions :
  • Intention : L'action intentionnelle est distinguée de l'automatisme ou de l'accident.
  • Collectif : L'action peut être individuelle ou collective.
  • Responsabilité : La responsabilité morale et juridique suppose la capacité d'action.