Antiquité
Le concept dâ« abstraction » (latin : abstractio ; grec : aphairesis, áŒÏαίÏΔÏÎčÏ) apparaĂźt dans la philosophie grecque, en particulier chez Aristote. Lâabstraction dĂ©signe lâopĂ©ration par laquelle lâesprit isole un trait commun Ă plusieurs objets en faisant abstraction de leurs diffĂ©rences individuelles. Chez Platon, une certaine forme dâabstraction existe dans lâaccĂšs aux IdĂ©es, mais Aristote systĂ©matise lâabstraction comme acte intellectuel distinct.
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Platon :
Il considĂšre que la connaissance vĂ©ritable consiste Ă sâĂ©lever du particulier vers lâuniversel, mais il ne formalise pas la notion dâabstraction. LâaccĂšs aux IdĂ©es requiert une sĂ©paration du sensible.
"Câest en se dĂ©tournant du monde sensible que lâĂąme contemple les IdĂ©es." (PhĂ©don, 66a)
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Aristote :
Il dĂ©finit lâabstraction (aphairesis) comme lâopĂ©ration de lâintellect qui sĂ©pare, dans la pensĂ©e, ce qui, dans la rĂ©alitĂ©, est conjoint (par exemple, la surface sans la couleur).
"Lâintellect sĂ©pare (aphairesis) dans la pensĂ©e ce qui, dans la rĂ©alitĂ©, nâest jamais sĂ©parĂ©." (De lâĂąme, III, 7, 431b12)
Usages et débats :
DĂ©bats sur la possibilitĂ© de saisir lâuniversel, sur la diffĂ©rence entre abstraction et sĂ©paration rĂ©elle, sur la portĂ©e cognitive de lâabstraction.
Changements de signification :
Lâabstraction passe dâune opĂ©ration implicite (Platon) Ă une fonction intellectuelle bien dĂ©finie (Aristote).
Liens avec d'autres notions :
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Idée :
RĂ©sultat de lâabstraction chez Aristote, modĂšle suprasensible chez Platon.
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Universel :
Lâabstraction isole lâuniversel dans la diversitĂ© du sensible.
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Séparation (aphairesis) :
Opération mentale qui distingue des éléments inséparables en réalité.
Moyen Ăge
Lâabstraction (abstractio) est un concept central dans la thĂ©orie de la connaissance scolastique. Elle dĂ©signe lâacte par lequel lâintellect agent extrait des formes universelles Ă partir des donnĂ©es sensibles. On distingue abstraction de lâessence (quidditas), abstraction mathĂ©matique, et abstraction totale (separatio).
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Thomas dâAquin :
Il distingue trois types dâabstraction : physique (Ă partir de la matiĂšre individuelle), mathĂ©matique (isolant quantitĂ©, dimension) et mĂ©taphysique (abstraction totale, sĂ©parant lâĂȘtre de la matiĂšre).
"Lâintellect abstrait les formes universelles des conditions individuelles de la matiĂšre." (Somme thĂ©ologique, I, q.85, a.1)
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Jean Duns Scot :
Il affine la distinction entre abstraction (abstraction formelle, abstraction de lâessence) et sĂ©paration (separatio) proprement dite.
"Lâabstraction est de lâordre de lâintellect, non de la rĂ©alitĂ©." (Questions sur la MĂ©taphysique, I, q.1)
Usages et débats :
DĂ©bats sur les degrĂ©s dâabstraction, sur la capacitĂ© de lâintellect Ă atteindre lâuniversel, sur la diffĂ©rence entre abstraction logique, mathĂ©matique et mĂ©taphysique.
Changements de signification :
Lâabstraction devient opĂ©ration structurĂ©e, distinguĂ©e selon ses objets (physique, mathĂ©matique, mĂ©taphysique).
Liens avec d'autres notions :
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Intellect agent :
FacultĂ© de lâĂąme qui accomplit lâabstraction.
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Quidditas :
Lâabstraction isole lâessence ou quidditĂ© dâune chose.
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Séparatio :
Différence entre abstraction (mentale) et séparation réelle.
Ăge classique (XVIIe - XVIIIe siĂšcles)
Lâabstraction (français : abstraction ; anglais : abstraction) est repensĂ©e Ă la lumiĂšre de la psychologie empiriste et de la philosophie moderne. Elle dĂ©signe la capacitĂ© de lâesprit Ă former des idĂ©es gĂ©nĂ©rales Ă partir de lâexpĂ©rience. Les dĂ©bats portent sur la rĂ©alitĂ© des idĂ©es abstraites.
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John Locke :
Il explique que lâesprit forme des idĂ©es abstraites en isolant des qualitĂ©s communes (par exemple, la « blancheur ») et en nĂ©gligeant les diffĂ©rences particuliĂšres.
"Lâabstraction consiste Ă sĂ©parer mentalement ce que lâon ne peut sĂ©parer rĂ©ellement." (Essai sur lâentendement humain, II, 11, 9)
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George Berkeley :
Il critique lâidĂ©e dâabstraction, niant la possibilitĂ© de penser une qualitĂ© gĂ©nĂ©rale (comme la couleur sans forme) sans support concret.
"Je nie la possibilitĂ© dâune idĂ©e abstraite de triangle qui ne soit ni Ă©quilatĂ©ral, ni isocĂšle, ni scalĂšne." (Principes de la connaissance humaine, I, 13)
Usages et débats :
Débats sur la possibilité et la nécessité des idées abstraites pour la pensée et le langage.
Changements de signification :
Lâabstraction devient capacitĂ© psychologique de gĂ©nĂ©ralisation, mais est aussi critiquĂ©e comme fiction.
Liens avec d'autres notions :
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Idée générale :
Produit de lâabstraction chez Locke.
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Langage :
Les mots généraux supposent des idées abstraites.
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Concret/abstrait :
Opposition entre ce qui est singulier et ce qui est universel.
Ăpoque moderne (XIXe siĂšcle)
Lâabstraction est au cĆur des mathĂ©matiques, de la logique et de lâesthĂ©tique. Elle dĂ©signe lâopĂ©ration qui permet de formuler des lois gĂ©nĂ©rales, des structures, des concepts purs. En psychologie, elle est vue comme un processus fondamental de lâintelligence.
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Georg Wilhelm Friedrich Hegel :
Il critique lâabstraction vide (lâuniversel abstrait), opposĂ©e Ă la concrĂ©tude dialectique : lâabstraction doit ĂȘtre dĂ©passĂ©e dans le concret rationnel.
"Lâabstraction est le commencement, mais le vrai est le concret." (Science de la logique, I, 13)
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Ăvariste Galois :
Il introduit lâabstraction dans la thĂ©orie des groupes, fondant les mathĂ©matiques modernes sur des structures abstraites.
"Ce nâest pas lâobjet mais la structure qui importe."
Usages et débats :
DĂ©bats sur la fĂ©conditĂ© ou les dangers de lâabstraction en mathĂ©matiques, en art, en philosophie ; sur la puissance des structures abstraites.
Changements de signification :
Lâabstraction devient opĂ©ration crĂ©atrice, source de structures, mais aussi risque dâĂ©loignement du rĂ©el concret.
Liens avec d'autres notions :
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Structure :
Lâabstraction permet de dĂ©gager des structures gĂ©nĂ©rales.
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Concret (dialectique) :
Chez Hegel, lâabstrait doit ĂȘtre dĂ©passĂ© dans la totalitĂ© concrĂšte.
Ăpoque contemporaine (XXe-XXIe siĂšcles)
Lâabstraction (anglais : abstraction ; allemand : Abstraktion) est essentielle en mathĂ©matiques, informatique, sciences cognitives et art moderne. Elle dĂ©signe soit lâopĂ©ration mentale dâisoler des traits communs, soit le degrĂ© dâindĂ©pendance par rapport au particulier. En art, lâabstraction rompt avec la figuration. En philosophie, lâabstraction est analysĂ©e comme processus de schĂ©matisation, de modĂ©lisation, voire dâaliĂ©nation.
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Jean Piaget :
Il distingue abstraction empirique (extraire des rĂ©gularitĂ©s de lâexpĂ©rience) et abstraction rĂ©flĂ©chissante (extraire des structures de lâactivitĂ© intellectuelle elle-mĂȘme).
"Lâabstraction rĂ©flĂ©chissante consiste Ă dĂ©gager des invariants de lâaction propre." (La construction du rĂ©el chez lâenfant, 1937)
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Maurice Merleau-Ponty :
Il critique lâabstraction excessive, dĂ©fend lâirrĂ©ductibilitĂ© de la perception concrĂšte, du corps vivant Ă tout schĂ©ma abstrait.
"Le monde nâest pas une somme dâabstractions, mais une trame dâexpĂ©riences vĂ©cues." (PhĂ©nomĂ©nologie de la perception, 1945)
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Art moderne et informatique :
Lâabstraction dĂ©signe la rupture avec la reprĂ©sentation figurative (art abstrait), ou la capacitĂ© Ă isoler des fonctions, des couches (programmation).
"Lâabstraction structure la pensĂ©e informatique et lâesthĂ©tique moderne."
Usages et débats :
DĂ©bats sur la fĂ©conditĂ© et les limites de lâabstraction, sur lâabstraction en mathĂ©matiques, en art, en technologie, sur lâaliĂ©nation potentielle de lâabstraction.
Changements de signification :
Lâabstraction devient processus central de la pensĂ©e, de la crĂ©ation, de la modĂ©lisation, mais aussi source possible de dĂ©connexion du rĂ©el.
Liens avec d'autres notions :
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Modélisation :
Lâabstraction est au cĆur de la modĂ©lisation scientifique et technique.
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SchĂšme :
En psychologie cognitive, lâabstraction permet la crĂ©ation de schĂšmes gĂ©nĂ©raux.
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Art abstrait :
Lâabstraction devient principe esthĂ©tique en rupture avec la reprĂ©sentation.