évènement


Antiquité

Le terme « événement » (grec : γεγονός, latin : eventus) n’a pas le même sens qu’aujourd’hui, mais la question de ce qui arrive, du devenir ou de l’accident, est centrale. Aristote distingue l’essence (ce qu’est une chose) de l’accident (ce qui lui arrive, survient). L’événement est alors ce qui advient, souvent par hasard ou contingence.

  • Aristote : Il distingue les causes nĂ©cessaires et les Ă©vĂ©nements fortuits (par hasard, par accident).
    "L’événement est ce qui arrive par accident, sans cause déterminée."
Usages et débats : Débats sur le hasard, la nécessité, la contingence. L’événement est ce qui n’est pas essentiellement déterminé.
Changements de signification : L’événement est pensé comme accident, fait contingent.
Liens avec d'autres notions :
  • Accident : L’évĂ©nement est souvent un accident au sens philosophique.
  • Cause : L’évĂ©nement interroge la causalitĂ©.

Âge classique et moderne (XVIIe-XVIIIe siècles)

L’événement prend le sens de fait singulier qui advient dans l’histoire ou la nature. Il est objet de connaissance, d’explication (sciences naturelles, histoire). On s’interroge sur la possibilité de prédire ou d’expliquer les événements.

  • Gottfried Wilhelm Leibniz : Il pense l’évĂ©nement comme rĂ©sultant d’un enchaĂ®nement de causes dans le meilleur des mondes possibles.
    "Il n’y a pas d’événement sans raison suffisante."
  • David Hume : Il critique la notion de causalitĂ© : l’évĂ©nement est une succession de faits, l’habitude fait qu’on attend une cause.
    "Nous n’observons jamais la cause, seulement la conjonction constante d’événements."
Usages et débats : Débats sur la causalité, la prévision, l’explication des événements (histoire, sciences).
Changements de signification : L’événement est lié à la succession temporelle, à la contingence, à l’histoire.
Liens avec d'autres notions :
  • CausalitĂ© : L’évĂ©nement met en jeu la question de la cause.
  • Histoire : L’évĂ©nement historique est un fait marquant dans le temps.

Époque contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

L’événement devient une notion centrale en philosophie (Nietzsche, Heidegger, Deleuze, Badiou, etc.), en histoire, en sciences sociales. Il désigne ce qui advient, ce qui fait rupture, ce qui échappe à la simple répétition ou à la prévision. L’événement est pensé comme surgissement, irruption, nouveauté, parfois comme point de bascule dans l’histoire.

  • Friedrich Nietzsche : Il pense la vie et l’histoire comme suite d’évĂ©nements, de devenirs, de ruptures.
    "Il n’y a pas de faits, seulement des interprétations."
  • Martin Heidegger : Il fait de l’évĂ©nement (Ereignis) le surgissement de l’être, ce qui fait advenir le sens.
    "L’événement est ce qui donne à penser l’être comme tel."
  • Gilles Deleuze : Il voit l’évĂ©nement comme surface de sens, pur devenir, irrĂ©ductible Ă  l’état de chose.
    "L’événement est le pur devenir, toujours en excès sur l’état de choses."
  • Alain Badiou : Il dĂ©finit l’évĂ©nement comme rupture radicale, ce qui fait surgir du nouveau irrĂ©ductible Ă  la situation antĂ©rieure.
    "L’événement est ce qui n’est pas programmable, ce qui fait irruption."
Usages et débats : Débats sur la nature de l’événement : rupture ou simple fait ? Peut-on penser l’imprévisible ? L’événement en histoire, en politique, en science.
Changements de signification : L’événement devient ce qui fait rupture, qui échappe à l’ordre établi, qui ouvre de nouveaux possibles.
Liens avec d'autres notions :
  • Rupture : L’évĂ©nement marque une interruption, un changement de rĂ©gime.
  • Nouvel : L’évĂ©nement fait surgir du neuf.