Antiquité
Le terme moderne d’« émotion » n’existe pas, mais les philosophes grecs et latins parlent des passions (pathè, affectus) : mouvements de l’âme provoqués par des perceptions, des jugements, des désirs. Platon distingue les parties rationnelle et irrationnelle de l’âme ; Aristote analyse les passions dans la Rhétorique comme des affects pouvant être maîtrisés par la raison ; les stoïciens valorisent l’apatheia (absence de trouble).
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Platon :
Il distingue les parties de l’âme et pense que les passions doivent être soumises à la raison.
"L’homme juste est celui dont la raison gouverne les passions."
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Aristote :
Il analyse les passions comme des mouvements de l’âme, susceptibles d’être éduqués par la vertu.
"Les passions ne sont ni bonnes ni mauvaises en elles-mêmes, mais selon la manière dont on les maîtrise." (Éthique à Nicomaque, II)
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Épictète (stoïcien) :
Il valorise la tranquillité de l’âme par la maîtrise des passions.
"Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses."
Usages et débats :
Débats sur la valeur des passions : obstacles à la sagesse ou moteurs de l’action ?
Changements de signification :
Passion désigne toute force qui meut l’âme, pas seulement les sentiments intenses.
Liens avec d'autres notions :
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Passion :
Synonyme ancien d’émotion, mouvement de l’âme.
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Raison :
La raison doit gouverner les émotions.
Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)
La réflexion sur les émotions (alors appelées passions) devient centrale avec Descartes, Spinoza, Hume. Descartes les analyse comme des mouvements corporels liés à l’âme, mais soumis à la volonté. Spinoza distingue affects actifs et passifs. Hume considère les passions comme fondamentales dans la motivation humaine.
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René Descartes :
Il analyse les passions dans Les Passions de l’âme comme des mouvements de l’âme causés par le corps.
"Les passions sont toutes bonnes de leur nature, et nous n’avons rien à éviter que leurs mauvais usages."
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Baruch Spinoza :
Il distingue les affects passifs (émotions subies) et actifs (émotions maîtrisées par la raison).
"L’homme libre est celui qui, guidé par la raison, est le moins assujetti aux passions." (Éthique, IV)
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David Hume :
Il fait des passions le principe moteur de l’action humaine.
"La raison est, et ne doit qu’être, l’esclave des passions."
Usages et débats :
Débats sur la maîtrise des émotions, leur place dans la morale, leur rapport au corps.
Changements de signification :
On passe d’une vision négative (trouble) à une vision positive (énergie pour l’action), puis à une analyse scientifique.
Liens avec d'autres notions :
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Affect :
Terme technique chez Spinoza pour désigner les états de l’âme.
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Corps :
Le corps est impliqué dans la naissance des émotions.
Époque moderne (XIXe siècle)
Le mot « émotion » (issu du latin emovere : mouvoir) se généralise. Les sciences (psychologie, physiologie) l’étudient comme réaction physiologique et psychique. Darwin analyse l’expression des émotions chez l’homme et l’animal. William James propose une théorie physiologique de l’émotion.
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Charles Darwin :
Il montre que les émotions sont universelles et ont une valeur adaptative.
"L’expression des émotions est le résultat de l’évolution."
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William James :
Il propose que l’émotion résulte d’une perception corporelle des changements physiologiques.
"Nous ne pleurons pas parce que nous sommes tristes, mais nous sommes tristes parce que nous pleurons."
Usages et débats :
Débats sur l’origine biologique ou sociale des émotions, leur universalité, leur fonction adaptative.
Changements de signification :
L’émotion devient objet d’étude scientifique, séparée de la passion.
Liens avec d'autres notions :
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Psychologie :
La psychologie scientifique analyse les émotions.
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Expression :
Les émotions s’expriment par le corps.
Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)
L’émotion (français : émotion ; anglais : emotion) est objet d’étude en psychologie, neurosciences, philosophie. On distingue émotions primaires et secondaires, intelligence émotionnelle, rôle de l’émotion dans la cognition et la décision. Les émotions sont reconnues comme essentielles à la vie psychique, sociale, morale.
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Antonio Damasio :
Il montre le rôle fondamental des émotions dans la rationalité et la prise de décision.
"Nous ne sommes pas des êtres de raison, mais des êtres d’émotion raisonnante."
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Martha Nussbaum :
Elle analyse l’émotion comme forme de jugement sur ce qui compte pour nous.
"Les émotions sont des jugements de valeur."
Usages et débats :
Débats sur l’intelligence émotionnelle, l’émotion comme facteur d’intégration sociale, l’émotion artificielle (IA).
Changements de signification :
L’émotion est vue comme ressource, compétence, objet d’éducation.
Liens avec d'autres notions :
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Intelligence émotionnelle :
La capacité à comprendre et gérer ses émotions.
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Jugement :
L’émotion est aussi une forme de jugement de valeur.