Antiquité
Le concept d’« écran » (français : écran ; latin : velum, paries ; grec : katapetasma, paries) n’existe pas en tant que notion technique ou médiatique. Cependant, des dispositifs de séparation, de voile ou de surface de projection sont présents dans la vie quotidienne et dans certains contextes religieux ou théâtraux. L’écran est alors un objet matériel qui cache, protège ou sépare, et parfois une surface sur laquelle une image est projetée indirectement (reflet dans un miroir, ombres sur un mur).
Usages et débats :
Débats sur la médiation entre la réalité et son apparence, sur la fonction de séparation ou de protection (voile, rideau, paravent), sur la transmission ou la transformation de l’image.
Changements de signification :
L’« écran » n’est pas un concept théorisé : il relève d’objets matériels (voile, mur, rideau) servant à séparer, cacher, ou réfléchir.
Liens avec d'autres notions :
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Ombre :
Le mur de la caverne est le support des ombres, anticipant la fonction de projection d’un écran.
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Voile (velum, katapetasma) :
Séparation entre deux espaces, rôle de médiation ou de dissimulation.
Moyen Âge
Le terme 'écran' n’existe pas encore. On trouve cependant des usages proches dans les églises (rideaux, voiles pour cacher l’autel ou séparer le sacré du profane) ou dans l’architecture (paravent, parois). Ce sont des dispositifs matériels de séparation, protection ou filtration du regard, mais pas encore des supports d’image.
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Aucun usage conceptuel :
L’écran n’est pas pensé comme objet médiatique ou surface d’image. Il relève de l’architecture, du rituel ou de la protection (contre le feu, la lumière, etc.).
Usages et débats :
Débats sur la visibilité et l’invisibilité du sacré, sur la médiation entre espaces, sur la fonction symbolique des voiles et séparations.
Changements de signification :
L’« écran » reste un objet matériel de séparation, sans fonction d’affichage ou de projection.
Liens avec d'autres notions :
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Paravent :
Objet mobile pour séparer ou protéger une partie d’un espace.
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Voile liturgique :
Dispositif de séparation dans le culte religieux.
Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)
Le mot 'écran' (français : écran ; anglais : screen ; italien : schermo) apparaît au XVIIe siècle, désignant d’abord un objet matériel qui protège (du feu, de la lumière, des regards). L’écran est un dispositif d’interposition. Dans les spectacles d’ombres chinoises (importées d’Asie), l’écran devient aussi surface de projection d’images.
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Aucun usage conceptuel :
L’écran reste un objet pratique, employé dans la vie domestique ou le théâtre d’ombres. Il n’est pas encore un support de représentation autonome.
Usages et débats :
Débats sur la protection de l’intimité, la mise en scène, la projection d’ombres ou d’images, la séparation des espaces.
Changements de signification :
L’écran commence à désigner une surface sur laquelle on peut projeter ombres ou images (spectacle d’ombres, lanterne magique).
Liens avec d'autres notions :
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Lanterne magique :
Appareil de projection d’images sur un écran, ancêtre du cinéma.
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Ombres chinoises :
Spectacle utilisant un écran translucide pour projeter des silhouettes.
Époque moderne (XIXe siècle)
L’écran devient le support de projection d’images dans la lanterne magique, puis au cinéma naissant (fin XIXe). Il sert à rendre visibles des images mouvantes à un public. L’écran reste aussi un objet domestique (protection, séparation), mais sa fonction médiatique apparaît.
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Aucun usage conceptuel :
Les réflexions sur l’image projetée émergent avec la photographie, la lanterne magique, puis le cinéma. L’écran devient dispositif de visibilité collective.
Usages et débats :
Débats sur la réalité et l’illusion de l’image projetée, sur le pouvoir de l’image, sur le rapport entre l’écran et le spectateur.
Changements de signification :
L’écran cesse d’être un simple objet matériel pour devenir surface de projection, support d’images collectives.
Liens avec d'autres notions :
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Projection :
Processus qui donne à l’écran son rôle de surface d’apparition de l’image.
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Cinéma :
L’écran est au cœur de l’expérience cinématographique.
Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)
Le concept d’écran (français : écran ; anglais : screen) s’impose dans la culture visuelle, technologique et médiatique. Il désigne la surface sur laquelle s’affichent des images fixes ou animées (cinéma, télévision, ordinateur, smartphone, etc.), mais aussi une interface entre l’humain et le monde numérique. L’écran devient un objet central de la réflexion sur la médiation, la virtualité, la présence et l’absence.
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Gilles Deleuze :
Il analyse l’écran de cinéma comme surface de passage, interface entre l’image-mouvement et le spectateur, support d’une nouvelle pensée visuelle.
"L’écran n’est pas un mur, c’est une membrane." (L’image-temps, 1985)
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Jean-Louis Baudry :
Il théorise l’écran comme dispositif idéologique, organisant le champ visuel et la position du spectateur (appareil de base du cinéma).
"L’écran fonctionne comme surface de projection et de coupure." (Le dispositif, 1975)
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Anne-Marie Duguet :
Elle réfléchit à la spécificité de l’écran interactif à l’ère numérique, interface dynamique entre l’utilisateur et l’information.
"L’écran interactif devient une surface de dialogue, non plus de simple projection." (Réel/Virtuel, 2002)
Usages et débats :
Débats sur la réalité et la virtualité, la présence et la distance, la multiplication des écrans et l’« ère de l’écran total ». L’écran est à la fois surface d’apparition, de médiation, d’interaction, et parfois d’aliénation.
Changements de signification :
L’écran devient omniprésent, support d’images, d’information, d’interaction, et objet de réflexion philosophique, esthétique et anthropologique.
Liens avec d'autres notions :
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Interface :
L’écran devient point de contact et de dialogue entre humain et machine.
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Virtualité :
L’écran rend accessible des réalités absentes ou virtuelles.
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Médiation :
L’écran est toujours médiateur entre le sujet et l’image, le monde, autrui.