Antiquité
Le concept d’« âme » (grec : psychè, ψυχή ; latin : anima) est central dans la philosophie grecque. L’âme est principe de vie, de mouvement, de connaissance. Chez Platon, l’âme est immortelle, distincte du corps, siège du savoir et de la moralité. Chez Aristote, l’âme est la forme du corps vivant, principe d’organisation et de finalité. Les stoïciens, épicuriens et néoplatoniciens développent chacun leur propre conception.
-
Platon :
L’âme préexiste au corps, est immortelle, et source de la connaissance vraie (théorie de la réminiscence).
"L’âme est plus ancienne que le corps et plus divine dans sa nature." (Phèdre, 245c)
-
Aristote :
L’âme est l’acte premier d’un corps vivant, principe de vie, d’organisation, de sensation et de pensée.
"L’âme est, pour ainsi dire, la forme des vivants." (De l’âme, II, 1, 412a20)
-
Épicure :
L’âme est composée d’atomes subtils, cause des sensations et des passions, mortelle.
"L’âme est un corps subtil dispersé dans tout l’organisme." (Lettre à Hérodote)
Usages et débats :
Débats sur l’immortalité de l’âme, sa distinction d’avec le corps, ses fonctions (raison, désir, émotion), sa nature matérielle ou immatérielle.
Changements de signification :
L’âme oscille entre principe vital universel, sujet de la pensée, et être spirituel immortel.
Liens avec d'autres notions :
-
Corps :
L’âme est principe de vie du corps ou réalité distincte du corps selon les écoles.
-
Immortalité :
Chez Platon, l’âme est immortelle ; chez Aristote, elle périt avec le corps sauf pour l’intellect.
-
Psyche :
Racine grecque du concept, désignant souffle vital, principe de pensée.
Moyen Âge
Le concept d’âme (latin : anima) est fondamental dans la philosophie chrétienne, juive et islamique. L’âme est créée par Dieu, immortelle, siège de la raison et de la volonté, responsable du salut ou de la damnation. Elle est étudiée dans la psychologie scolastique et la théologie.
-
Saint Augustin :
L’âme humaine est créée par Dieu, immortelle, tournée vers Dieu, siège de la connaissance et de l’amour.
"L’âme est trop noble pour être du même ordre que le corps." (Soliloques, I, 7)
-
Thomas d’Aquin :
L’âme est forme substantielle du corps humain, immortelle, principe d’intelligence et de volonté.
"L’âme humaine est, en soi, forme d’un corps, mais elle subsiste par elle-même." (Somme théologique, I, q.76, a.1)
-
Averroès :
Il distingue intellect individuel et intellect universel, influençant tout le Moyen Âge latin.
"L’intellect est séparé, universel et toujours en acte." (Grand commentaire sur De l’âme, III, 5)
Usages et débats :
Débats sur la création de l’âme, son immortalité, son rapport au corps, la distinction entre âme animale, végétative, raisonnable.
Changements de signification :
L’âme devient sujet moral, spirituel, intermédiaire entre Dieu et la matière.
Liens avec d'autres notions :
-
Forme substantielle :
L’âme est la forme qui actualise et anime la matière.
-
Salvation :
L’âme est promise au salut ou à la damnation selon la vie humaine.
-
Intellect :
L’âme est principe de connaissance, parfois distinct de la volonté.
Âge classique (XVIIe - XVIIIe siècles)
Le concept d’âme (français : âme ; latin : anima ; anglais : soul) s’articule entre la philosophie cartésienne, la science naissante, et l’essor du matérialisme. Descartes sépare radicalement l’âme (substance pensante) du corps (substance étendue). D’autres philosophes remettent en cause l’existence d’une âme immatérielle.
-
René Descartes :
L’âme est une substance pensante, immatérielle, distincte du corps matériel.
"Je ne suis donc, précisément parlant, qu’une chose qui pense, c’est-à -dire une âme." (Méditations, II)
-
Julien Offray de La Mettrie :
Il défend le matérialisme : l’âme n’est qu’une fonction du corps, un effet de l’organisation matérielle.
"L’âme n’est qu’un vain mot, à moins qu’elle ne signifie que le principe de la sensibilité." (L’Homme-Machine, 1747)
Usages et débats :
Débats sur la nature de l’âme, son existence, son rapport au corps, la possibilité d’une âme animale ou matérielle.
Changements de signification :
L’âme passe d’entité spirituelle à fonction psychique, voire à simple propriété du vivant.
Liens avec d'autres notions :
-
Substance pensante :
Chez Descartes, l’âme est une réalité séparée du corps.
-
Matérialisme :
Thèse selon laquelle l’âme n’est qu’effet du corps.
-
Dualisme :
Séparation de l’âme et du corps.
Époque moderne (XIXe siècle)
Le concept d’âme (allemand : Seele ; anglais : soul) évolue avec la psychologie naissante, la phénoménologie, le romantisme et le matérialisme scientifique. L’âme est réinterprétée comme psychisme, subjectivité, intériorité, ou niée comme réalité autonome.
-
Friedrich Schleiermacher :
Il identifie l’âme à la vie intérieure, à la conscience religieuse.
"La religion est le sentiment immédiat du rapport de l’âme à l’infini." (Discours sur la religion, 1799)
-
Sigmund Freud :
Il remplace le concept d’âme par celui d’appareil psychique, inconscient.
"L’âme n’existe pas comme entité, mais comme ensemble de processus psychiques." (Nouvelles conférences, 1933)
Usages et débats :
Débats sur la scientificité de l’âme, son rapport à la conscience, à l’inconscient, ou à l’intériorité.
Changements de signification :
L’âme se sécularise, devient psychisme, intériorité, ou disparaît au profit de la psychologie expérimentale.
Liens avec d'autres notions :
-
Psychisme :
L’âme devient processus psychique, conscience, inconscient.
-
Intériorité :
L’âme est vécue comme profondeur subjective.
Époque contemporaine (XXe-XXIe siècles)
Le concept d’âme (français : âme ; allemand : Seele ; anglais : soul) est réinterrogé dans la phénoménologie, l’existentialisme, la psychanalyse, la philosophie analytique et la spiritualité contemporaine. Il tend à être remplacé par les concepts de subjectivité, conscience, psychisme, ou redéfini dans le cadre de l’expérience, du sens, de l’identité. Il subsiste dans la spiritualité, la littérature et la culture populaire.
-
Maurice Merleau-Ponty :
Il refuse la séparation âme/corps et pense l’âme comme dimension existentielle, chair vécue.
"L’âme n’est pas dans le corps, ni le corps dans l’âme, mais l’homme est dans le monde." (Phénoménologie de la perception, 1945)
-
Paul Ricœur :
Il analyse la question de l’âme à partir de la notion de soi, d’identité narrative, de mémoire.
"L’âme, c’est la capacité de se raconter, de se souvenir, de promettre." (Soi-même comme un autre, 1990)
Usages et débats :
Débats sur la pertinence du mot 'âme', sur la conscience, la subjectivité, l’identité, la spiritualité, la survivance.
Changements de signification :
L’âme s’efface comme réalité substantielle, mais demeure comme question du sens, de la profondeur, de l’identité.
Liens avec d'autres notions :
-
Subjectivité :
L’âme contemporaine est conscience, expérience vécue.
-
Identité :
L’âme est le support de la permanence du soi.
-
Spiritualité :
L’âme subsiste dans la quête de sens, la méditation, la culture.